Il serait souhaitable, à un autre égard,
que fussent élargies ou renforcées, certaines mesures prises à la veille de la
guerre, par l’autorité française, notamment celles qui prescrivaient que, dans
les villages mixtes, l’élément khmer fût représenté par un nombre de notables
proportionnel à son importance, ou encore, celle qui instituait un officier
auxiliaire d’état-civil, dans les villages en majorité Cambodgiens. Mais ces
mesures ne pourraient devenir pleinement efficaces, que si les notables ainsi
désignés, prenaient rang, sous certaines conditions et selon l’importance
numérique de la minorité, parmi les plus considérables des membres du conseil
communal.
Il est important aussi, que l’élément cambodgien ait la place qui lui revient, dans tous les corps élus, à quelque échelon qu’ils soient institués. On avait proposé, il y a une vingtaine d’années, que des cantons autonomes, relevant directement de l’autorité supérieure, fussent organisés, là où la minorité se présente en formations suffisamment compactes pour justifier cette mesure. Mais on peut concevoir aussi que la désignation de chefs de cantons khmers soit déclarée obligatoire, dans les régions où le groupe ethnique est prépondérant, avec des sous-chefs de cantons, là où il ne détient pas la majorité. De toute manière, il est nécessaire que les Cambodgiens relèvent de fonctionnaires ou de conseillers parlant leur langue et que, dans les concours administratifs, un certain nombre de places soient réservées aux candidats aux fonctions publiques, avec à titre provisoire, des conditions spéciales. Il paraît indispensable que la langue cambodgienne soit officiellement administrative. Enfin, on ne peut que souhaiter le développement du bureau des affaires cambodgiennes, qui avait été créé à la veille de la guerre, auprès du cabinet du Gouverneur.
Il est important aussi, que l’élément cambodgien ait la place qui lui revient, dans tous les corps élus, à quelque échelon qu’ils soient institués. On avait proposé, il y a une vingtaine d’années, que des cantons autonomes, relevant directement de l’autorité supérieure, fussent organisés, là où la minorité se présente en formations suffisamment compactes pour justifier cette mesure. Mais on peut concevoir aussi que la désignation de chefs de cantons khmers soit déclarée obligatoire, dans les régions où le groupe ethnique est prépondérant, avec des sous-chefs de cantons, là où il ne détient pas la majorité. De toute manière, il est nécessaire que les Cambodgiens relèvent de fonctionnaires ou de conseillers parlant leur langue et que, dans les concours administratifs, un certain nombre de places soient réservées aux candidats aux fonctions publiques, avec à titre provisoire, des conditions spéciales. Il paraît indispensable que la langue cambodgienne soit officiellement administrative. Enfin, on ne peut que souhaiter le développement du bureau des affaires cambodgiennes, qui avait été créé à la veille de la guerre, auprès du cabinet du Gouverneur.
Les Cambodgiens sont appelés à prendre une
certaine importance numérique en Cochinchine. Loin d’être en recul, leur nombre
s’accroît à chaque recensement. En 1888, ils étaient 150 000 sur 1 600 000
habitants. En 1925, ils étaient devenus 300 000. A la veille de la guerre, on
en comptait environ 350 000, sur une population globale de moins de cinq
millions d’habitants. Leurs relations avec les Chinois sont excellentes, et
l’on compte de nombreux métis sino-cambodgiens qui, fait remarquable, adoptent
volontiers les coutumes de la mère, ce qui est rarement le cas pour les métis
sino-annamites. Les Khmers de Cochinchine entretiennent généralement avec les
Annamites des relations dénuées de sympathie. Ceux-ci les appellent avec
condescendance, des Thô, c’est-à-dire les « hommes de la terre », mais ils
rendent mépris pour mépris, en traitant les autres de Yun, du sanscrit yavana,
c’est-à-dire de « Barbares du Nord ». Il est certain que ces inimités, fondées
sur des incompatibilités de mœurs, de langue, de religion et aussi, sur toute
l’amertume d’anciennes dépossessions, ont pour effet, d’entretenir un état de
friction latente, préjudiciable à la paix sociale, et qui réclame le contrôle
d’un arbitre.
À cet égard, la Cochinchine apparaît par
excellence, comme une terre fédérale, où la France pitoyable aux faibles et
généreuse envers des sujets loyaux, doit faire prévaloir des solutions de
justice et rétablir l’équilibre que tend à détruire dans le monde, la triviale
sélection des plus forts. Il lui appartient d’attribuer à la minorité
cambodgienne du Bas-Mékong, un statut politique qui n’a jamais encore été
clairement défini, à sauvegarder ses droits par des mesures administratives, à
maintenir son originalité culturelle, à protéger surtout sa fortune
immobilière, patrimoine qui s’amenuise un peu tous les jours, par l’effet
incroyable abus. J’ajoute que notre pays ne saurait se désintéresser non plus,
de la Cochinchine s’est traditionnellement appuyée sur le Bouddhisme du Sud,
tandis que l’Annam adoptait le Bouddhisme du Nord. Il reste à la France,
vieille nation chrétienne et libérale, devenue par l’Afrique, une métropole
musulmane, à devenir pour l’Asie du Sud-Est, une métropole bouddhique. Ce n’est
plus un secret, que le Japon avait tenté d’organiser à son profit, les sectes
du Bouddhisme en Indochine, et que le Siam poursuivait depuis longtemps au
Cambodge, les mêmes fins, pour des raisons d’expansion territoriale. Les bonzes
cambodgiens de Cochinchine se trouvent placés dans le rayonnement de l’Institut
bouddhique de Phnom-Penh, ayant aussi des attaches au Laos ; institution de
caractère fédéral, dont le développement est souhaitable et l’importance ne
saurait être sous-estimée.
Je voudrais en terminant, attirer votre
attention, sur quelques égards dus à ces populations, quand l’on se trouve
appelé à circuler dans leurs villages. Il est bon, quand on pénètre dans une
pagode, où l’on est reçu toujours, dès le seuil, par quelques bonzillons ou
quelques moines de seconde importance, de demander à saluer le chef du
monastère, qui est souvent un respectable vieillard. Si c’est l’heure du repas
ou s’il repose, il est courtois de ne pas insister. Les Cambodgiens sont
toujours sensibles aux égards que l’on a pour leur clergé, ou pour les achars
si l’on a quelque question à traiter qui intéresse la pagode. L’on vous offrira
du thé ou de l’eau de coco. Acceptez-les, même si la tasse est crasseuse ou si
vous n’avez pas soif, car ce don émane toujours d’un cœur ouvert. Asseyez-vous
sur la natte, où le supérieur vous convie. On fera, autour de vous, un cercle
respectueux. Enquerrez-vous des besoins locaux, de l’état de récoltes, de la
santé du bétail, de la fréquentation des enfants à l’école de la pagode. Ne
manquez pas de faire une visite au bonze-instituteur. Distribuez des bonbons ou
des images. Ayez un propos aimable pour les vieillards. Soyez jovial à
l’occasion. J’ai pu obtenir des renseignements qui m’ont conduit à
d’importantes trouvailles archéologiques, simplement en distribuant des boîtes
allumettes, des bâtonnets d’encens, ou encore, en versant quelques gouttes de
collyre, dans des yeux d’enfants atteints de conjonctivite. Ne soyez jamais
impatients, ni trop pressés, et n’offrez jamais d’argent à des bonzes. La règle
leur interdit de l’accepter. Si vous êtes cependant, dans la nécessité de le
faire, usez de l’intermédiaire d’un laïc, achar ou autre, en spécifiant
toujours, qu’il s’agit d’une contribution de votre part ou de l’administration,
à l’entretien du sanctuaire ou au développement de l’école.
Si vous devez séjourner dans la pagode ou y
établir un cantonnement, prescrivez à vos hommes de ne pas être trop bruyants,
surtout au moment des offices. Même si le terrain est très vaste, faites
établir hors de l’enceinte, les constructions provisoires qui devront répondre
aux besoins de la vie matérielle. Veillez surtout à ce qu’aucun animal bœuf,
porc ou même poulet, ne soit sacrifié dans cet enclos, où la vie animale est
sacrée, à l’égal de l’existence humaine. Ces quelques précautions suffisent
ordinairement à s’assurer la sympathie de populations qui ne demandent qu’à
être fidèles. Beaucoup de ces remarques sont valables, dans les pays annamites,
et il faut bien peu de manifestations de bienveillance, pour réussir la
conquête des cœurs.
Par leur remarquable tenue morale, les
Cambodgiens de Cochinchine ont gagné notre estime et mérité la sollicitude que
la communauté française se doit de témoigner à ceux qui, ayant souffert dans
leur personnalité nationale, ont compris que l’avenir de leur pays ne pouvait
se concevoir que dans un ensemble assez vaste, pour apaiser des frictions et
faire éclore de communes aspirations. Si j’ai accepté ce soir, de vous
entretenir de cette minorité, si digne d’être préservée d’une assimilation
inéluctable, c’est sans doute qu’il m’a plus d’être ici, l’avocat des faibles.
C’est aussi parce que la Cochinchine est un pays chargé d’histoire, où il est
juste que survivent les descendants authentiques des bâtisseurs d’Angkor. Et
puis, qu’il me soit permis de plaider aussi, la cause de ceux qui pensent que
l’universalisme ne suffit pas à tout. Ce qui faisait pour le voyageur et
l’artiste, la séduction et la variété du monde, est en train de s’abîmer dans
une effroyable uniformité d’habitudes. Il semble que sous la terrible
contrainte des lois industrielles, il n’y ait plus place pour la charmante
originalité des coutumes, où les peuples manifestaient leur génie. Mais la
France est une vieille nation d’équilibre et de raison. Sa pensée mûrie par des
siècles de réflexion claire, dispose d’un clavier riche de nuances et de
demi-tons, où s’exprime toute la complexité de la nature humaine. Aux
conceptions simplistes et confuses des tard-venus dans la voie de la civilisation,
elle ne cessera d’opposer avec sang-froid la notion de la diversité du réel. Il
lui appartient, dans un monde nouveau, de promouvoir un esprit nouveau, fondé
non plus sur des simplifications égalitaires, mais sur des considérations de
justice proportionnelle et sur le droit de toutes les nations à l’existence,
double espoir dans lequel il nous plaît de reconnaître et de saluer une
revendication d’humanité.
Không có nhận xét nào:
Đăng nhận xét